La Femme adultĂšre » (Albert Camus) « Le langage est la condition de lâinconscient » « La femme nâest pas-toute, il y a toujours quelque chose qui chez elle Ă©chappe au discours.. » (Jacques LACAN) De lâExil au Royaume *** Câest en nous fondant sur la dĂ©composition de la chaĂźne signifiante â et donc sur ce que nous entendons Ă la lecture du titre de la nouvelle â que
Cest un voyage au cĆur d'Addis-Abeba et de ces nuits fiĂ©vreuses, oĂč la jeunesse hyperactive s'empare des musiques ancestrales pour mieux s'en affranchir. Un combo incandescent, oĂč le groove du jazz se mĂȘle Ă la profondeur brute des sons azmaris, oĂč l'improvisation se mĂ©lange aux envolĂ©es vocales, tout cela soutenu par une rythmique puissante. DurĂ©e : 1h15 A partir de 7
Forumde poĂšmes, maison de la poĂ©sie. l'amitiĂ© câest quoi ? Une terre aux secrets effacĂ©s Une Ă©paule des larmes versĂ©es. Des Ă©clats de rires enlacĂ©s Une douleur Ă deux apaisĂ©e Un Ă©lan dans lâĂ©treinte ***** Câest quoi lâamitiĂ© ? ***** Elle nous fait dĂ©fi. Nous fructifie Et nous crucifie Dans la nuditĂ© du soufi. En l'absence de toute feinte ***** Câest quoi lâamitiĂ© ?
Lamour, une pulsion Quand une personne va bien, quâelle sâouvre aux autres, elle est selon une expression courante, « pleine de vie », et, cette Ă©nergie, elle la transmet en aimant. Ainsi lâamour et la vie sont-ils intimement liĂ©s. Câest dâailleurs pourquoi la psychanalyse considĂšre lâamour en tant que pulsion de vie.
Cest en quoi cette structure dâextimitĂ©, il nous faut la construire. Elle est au cĆur des paradoxes du dĂ©sir et de l'amour. » Miller J.-A., « Lâorientation lacanienne. ExtimitĂ© » (1985-1986), enseignement prononcĂ© dans le cadre du dĂ©partement de psychanalyse de lâuniversitĂ© Paris VIII, cours du 18 dĂ©cembre 1985. « L'horizon de toute demande, mĂȘme si elle s'appuie sur le
rvuDBo. La psychanalyse, tout le monde le sait, a pris son essor au XIXe siĂšcle, dans le sillage dâun certain Sigmund Freud. Tout le monde a entendu parler de la psychanalyse, certains en ont commencĂ© une, bref, câest devenu au fil du temps une technique relativement banale. Pour autant, bien peu de gens Ă mon avis arrivent Ă cerner le but de cette ce but est, du moins en thĂ©orie, facile Ă comprendre y parvenir, câest une autre paire de manches ce but est que le psychanalysĂ© arrive Ă sâaccepter tel quâil est et non tel quâil se fantasme par sa propre imagination, ce qui crĂ©e inĂ©vitablement des conflits lorsque lâindividu se heurte Ă la rĂ©alitĂ©. En gros, il ne sâagit pas tant de se dĂ©barrasser de ses casseroles » que de les accepter, dâaccepter enfin de vivre avec, de les admettre comme faisant partie de soi, de ne plus tenter de les enfouir Ă tout proverbes illustrent cette dĂ©marche I forgive but I donât forget » je pardonne mais je nâoublie pas ; Sâaimer, câest parvenir Ă pardonner Ă lâenfant que nous avons Ă©tĂ© ».La dĂ©marche analytique est donc un apprentissage parfois long et douloureux mais salvateur de lâamour de soi. Sâaimer nâest pas du tout une dĂ©marche narcissique, bien au contraire. Le but nâest pas ici de flatter son ego, mais de tendre Ă ne pas se surestimer, ni se sous-estimer. Ăa paraĂźt simple, nâest-ce pas ? Mais si câĂ©tait si simple que ça en pratique, alors il y a fort Ă parier que les psychanalystes nâexisteraient plus depuis belle lurette. Donc, facile Ă dire oui ; facile Ă faire ? Câest loin dâĂȘtre raison en est facile Ă comprendre pour se protĂ©ger, la plupart des gens dĂ©pensent une Ă©nergie parfois considĂ©rable Ă Ă©laborer un personnage, une sorte de façade, un dĂ©guisement en somme, quâils nâenlĂšvent quâune fois quâils sont seuls et certains de ne pas ĂȘtre dĂ©rangĂ©s sous leur douche ou dans leur lit de cĂ©libataire. Ce faisant, ils entrent plus ou moins consciemment dans une dĂ©marche de sĂ©duction, un jeu tentant en permanence de se montrer sous leur meilleur profil, allant mĂȘme jusquâĂ se crĂ©er des mythes lors de certains Ă©changes Oui, heu, moi, je suis plutĂŽt comme ci ou comme ça, etc. ». Ils vivent donc du moins socialement dans un paraĂźtre trĂšs souvent Ă©loignĂ© de leur rĂ©alitĂ©, une fois le soir de fois nâavons-nous pas entendu la phrase Jamais je nâaurais pu imaginer que X ou Y pouvait ĂȘtre comme ça ! » si ou quand, par malheur, le pot-aux-roses est dĂ©voilĂ© un jour. Eh bien, le but de la psychanalyse est dâamener lâindividu Ă ne plus rejeter par le dĂ©ni qui il est, mais au contraire de ne chercher ni Ă masquer, ni Ă cacher tous les aspects de sa personnalitĂ© en tout premier Ă lui-mĂȘme et, Ă©ventuellement, de ne pas avoir peur de se montrer tel quâil est aux yeux des clair, la psychanalyse tend Ă amener le psychanalysĂ© Ă changer de logiciel, se dĂ©barrassant du jeu Ă paraĂźtre » au profit de simplement ĂȘtre ». Câest trĂšs compliquĂ© pour ces gens habituĂ©s Ă leur image » et sensibles avant tout au regard et au jugement des autres, toujours dans lâoptique du personnage mythique quâils se sont construit au fil du point essentiel dans tout ça et que je retiens, câest lâamour. Car comment peut-on espĂ©rer aimer les autres si lâon nâarrive pas Ă sâaimer soi-mĂȘme ? Et ici encore, la dĂ©finition tolstoĂŻenne de lâamour prend toute son ampleur et sa pour la psychanalyse. Rendez-vous bientĂŽt pour le troisiĂšme chapitre La libertĂ© ». Alain CrĂ©mades
Je remercie les collĂšgues initiateurs de ce cycle sur le transfert[1] de me donner lâoccasion de mâexpliquer encore de mon rapport Ă la psychanalyse, rapport quâon peut qualifier de transfert sinon dâamour. Il me faut aussi remercier notre communautĂ© de travail avec une pensĂ©e particuliĂšre pour celles avec qui je suis engagĂ© en cartel, car les Ă©changes dans nos diffĂ©rents dispositifs nourrissent aussi bien la question qui mâoccupe que le transfert de travail. PrĂ©liminaires Il sâagit ici, dans le fil de la question lacanienne, de viser ce point oĂč une psychanalyse serait possible parce quâil y aurait de lâanalyste. Lâenjeu est Ă©galement politique câest celui de la possibilitĂ© dâun lien social vivable, soit de lâamour et du transfert encore possibles. Ceux dâentre nous qui travaillent en institution savent combien on tente dây rĂ©gler contractuellement le transfert, et combien les personnes accueillies sont de plus en plus traitĂ©es comme des matiĂšres premiĂšres, ce qui nâest pas sans faire Ă©cho Ă des heures sombres de lâhistoire[2]. Heureusement â car je ne voudrai pas vous dĂ©sespĂ©rer tout Ă fait â on peut compter sur le symptĂŽme pour que ça ne marche pas toujours. Faire le pari du symptĂŽme, nâest-ce pas dĂ©jĂ une voie pour quâune psychanalyse soit possible ? Introduire la question de lâamour dans le transfert pose celle de leur Ă©quivalence qui est une fausse Ă©vidence. Lâamour ne se rĂ©duit pas au transfert qui, sâil ressort de lâamour, passe par la question du savoir avec le sujet quâon lui suppose. Pensons aussi au transfert dit nĂ©gatif qui, sâil ne se confond pas avec la haine, ne ressort peut-ĂȘtre pas uniquement de lâamour. Comme nĆud inaugural du drame analytique[3] » ne se prĂ©senteâtâil pas comme une nĂ©gativation de lâamour attestant de la prĂ©sence du dĂ©sir ? Passons sur le transfert nĂ©gatif. La question qui mâoccupe ici passe par le transfert dans le sens oĂč il pose le problĂšme du dĂ©sir de lâanalyste, de la position de lâanalyste câest ce qui occupe tout le sĂ©minaire de Lacan en 1960-61. Il sâagit donc ici de Psychanalyse, via la question du transfert. Psychanalyse comme ce qui passe par cet amour auquel nous donnons depuis Freud le nom de transfert la cure donc. Psychanalyse, comme ce que nous aimons, comme nom propre. Psychanalyse comme ce nom qui nous rassemble via le transfert de travail. VoilĂ quelques dĂ©clinaisons de ce quâon peut entendre dans cet Amour de Psychanalyse. JâespĂšre ne pas trop vous perdre dans le trajet que ce titre mâa amenĂ© Ă faire, et dont je tente ici de faire Ă©tat. Amour de transfert Au commencement de la psychanalyse Ă©tait lâamour, rappelle Lacan[4] au sujet de ce que Freud nomme transfert. Il y consacre une grande partie de son sĂ©minaire sur le transfert en commentant le Banquet de Platon â et y revient souvent dans les sĂ©minaires. Son commentaire du Banquet est destinĂ© Ă nous faire saisir le ressort du transfert en nous montrant un Socrate qui se refuse Ă entrer luiâmĂȘme dans le jeu de lâamour » parce quâil sait, et que parce quâil sait â prĂ©cisĂ©ment et uniquement â au sujet de lâamour, il nâaime pas.[5] » Le transfert se distingue de lâamour en mettant en jeu le savoir, qui lui est antinomique. En qualifiant cet amour de transfert Freud en fait autre chose quâune histoire dâamour. Contrairement Ă Breuer qui prend le large face Ă cet amour prĂ©sent dans le rĂ©el[6] » Freud va le servir pour sâen servir[7] ». Lâengagement de lâanalyste Le transfert, sâil est un amour authentique[8] » pour Freud, en est donc une forme particuliĂšre puisquâil sâadresse au savoir[9]. Câest par lĂ que Lacan en fonde la dĂ©finition dans le rapport au sujet supposĂ© savoir[10]. Il faut y entendre dâabord que le transfert implique le couple analysteâanalysant, et par consĂ©quent, quâil concerne lâanalyste. La distinction introduite aprĂšs Freud entre transfert et contreâtransfert ne tient pas pour Lacan. Il ne juge pas insignifiante la littĂ©rature sur le contreâtransfert, oĂč il repĂšre chez quelques auteurs fĂ©minins prĂ©ciseâtÂâil, la question du dĂ©sir de lâanalyste Le terme de contreâtransfert vise en gros la participation de lâanalyste. Mais plus essentiel est lâengagement de lâanalyste, Ă propos duquel vous voyez se produire dans ces textes les vacillations les plus extrĂȘmes, depuis la responsabilitĂ© cent pour cent jusquâĂ la plus complĂšte extraction de lâĂ©pingle du jeu[11]. » Lâanalyste est donc directement concernĂ© pour ne pas dire pris dans cet amour qui sâadresse au savoir quâon lui suppose, via le dĂ©sir de lâanalyste par quoi il est engagĂ© et engage la partie. Quant au savoir quâon lui suppose, câest en somme une aberration puisque câest plutĂŽt Ă la fin de la cure que lâanalyste pourrait en savoir un bout sur celui qui lui a parlĂ©. Quoique lĂ encore, entre ce que le passant et son analyste peuvent dire de la cure qui a eu lieu, il nâest pas exclu quâil y ait quelques diffĂ©rences. Si lâanalyste est directement concernĂ© par le transfert, il va sâagir dans la cure de savoir par quel ressort il sây trouve pris et comment il devra y rĂ©pondre pour la mener Ă son terme. Quâil soit concernĂ© tient dâabord et surtout Ă ce quâil propose et provoque en sâoffrant comme analyste Ă ceux qui se prĂ©sentent comme candidats Ă lâanalyse. Lâanalyste nâest pas sans savoir quâil ouvre lâenclos du transfert[12] pour y faire entrer celui que la plainte a conduit jusquâĂ lui. Cette plainte a vocation Ă se transmuer en demande en parole, qui en se dĂ©tachant des besoins fait advenir le dĂ©sir. Chacun sait que la demande est avant tout demande dâamour, et que câest donc bien ce quâon va demander Ă son analyste ĂȘtre son aimĂ©. Moyennant quoi on se propose comme objet dâamour pour lâanalyste. Tout le jeu de lâanalyse visera Ă permettre le passage Ă lâaimant viser lâĂ©ros plus que le bien. La rĂ©ponse de lâanalyste sera dĂ©terminante, Ă lâinstar de celle de Freud qui contrairement Ă Breuer assume dâĂȘtre, pour reprendre lâexpression de Lacan, maĂźtre du petit Ă©ros[13]. Lâanalyste nâest pas lĂ pour aimer son analysant et câest pourquoi il ne rĂ©pond pas Ă la demande. Il nâest pas lĂ non plus pour le laisser en plan en lui tĂ©moignant la plus grande indiffĂ©rence. Renvoyer Ă lâanalysant lâentiĂšre charge du transfert en retirant son Ă©pingle du jeu serait autant criminel quâabsurde puisque sâil y a transfert, câest surtout du fait de lâoffre analytique. Bien sĂ»r, le transfert nâattend pas lâanalyste pour apparaĂźtre[14] et il dĂ©borde parfois en acting out ce transfert sauvage, lorsquâil se manifeste dans le temps de la cure mĂ©rite lui aussi une rĂ©ponse pour le ramener dans lâenclos[15]. Lâanalyste cause le transfert en sâoffrant comme partenaire Ă lâanalysant. Il nâest pas sans savoir cela, ni sans savoir que le transfert est un qui pro quo pour faire Ă©cho au titre de VĂ©ronique Sidoit soit quâil y a a minima erreur sur la personne. Câest la dĂ©finition du transfert la plus entendue bien quâelle soit insuffisante. On peut tout de mĂȘme en tirer la leçon suivante lâanalyste, sâil est un maĂźtre du petit Ă©ros, ne mĂ©connait pas quâil ne doit pas se confondre avec lâobjet dâamour de lâanalysant. Il serait fou quâil sây croit et sâen satisfasse, et quâil mĂ©connaisse ce quâon attend dâun analyste, câestâĂ âdire une analyse. Une analyse ne consiste pas Ă capturer le petit Ă©ros pour le mettre en cage, mais en le faisant entrer dans lâenclos du transfert pour quâil y fasse quelques tours, elle doit permettre par le moyen de lâamour lâĂ©mergence du dĂ©sir en tant quâil constitue le sujet comme manquant et que câest avec ce manque quâil peut devenir aimant. La rĂ©ponse de lâanalyste se dĂ©cale du plan de lâamour auquel elle ne rĂ©pond pas pour que du dĂ©sir qui Ă©merge de la demande le sujet puisse rencontrer la bĂ©ance dâoĂč il se constitue. Disonsâle encore autrement elle doit permettre Ă lâanalysant une sortie de lâinfatuation, une possibilitĂ© de satisfaction qui passe par lâautre et lâobjet lĂ oĂč le repli du narcissisme est une tentation. CapacitĂ© dâaimer pour Freud, nouvel amour pour Lacan lâamour est Ă lâhorizon aussi bien quâĂ la source et au cĆur de la cure, laquelle par son intermĂ©diaire, mobilise le rapport au savoir et notamment celui de lâinconscient. Fermeture et tromperie Quâon suppose lâanalyste savoir, et quâĂ ce titre on lui adresse sinon un certain amour du moins une certaine attente, implique de sa part quâil suppose, lui, un sujet au savoir qui sâĂ©labore dans le dire de lâanalysant. Peut-ĂȘtre nâest-il pas inutile, lorsquâon Ă©voque le sujet supposĂ© savoir, de relever la rĂ©versibilitĂ© de ce terme car celui qui est supposĂ© savoir au dĂ©part de la cure nâest-il pas avant tout lâanalysant ? Cette remarque ne doit pas nous faire concevoir lâanalyse comme une relation symĂ©trique, en miroir, mais nous permettre dâen questionner le sens. Si la psychanalyse a un sens, ce nâest pas dâinstaurer un rapport dissymĂ©trique infini entre lâanalysant et lâanalyste. Lâanalyse a un sens si elle met en jeu le savoir inconscient, de lâanalysant, quâil sâagit de faire parler. Il nâa souvent pas attendu lâanalyste pour se faire entendre, mais lâenjeu de la cure est de veiller Ă son ouverture ou son Ă©mergence. Car loin dâĂȘtre la passation de pouvoirs, Ă lâinconscient, le transfert est au contraire sa fermeture[16] ». Dans cette mĂȘme leçon de son sĂ©minaire, Lacan indique en quoi lâinterprĂ©tation peut alors prendre sa portĂ©e Ă lâapparition du transfert, comme prĂ©sence de lâanalyste qui fait parler lâinconscient en tant que discours de lâAutre, pour produire son ouverture. Il ne faut donc pas nĂ©gliger la tromperie inhĂ©rente au transfert, laquelle est liĂ©e Ă la dimension de lâamour. Lacan le formule clairement Ă persuader lâautre quâil a ce qui peut nous complĂ©ter, nous nous assurons de pouvoir continuer Ă mĂ©connaĂźtre prĂ©cisĂ©ment ce qui nous manque[17] ». Il ne sâagit pas tant de tromper lâanalyste, que de se tromper, et de continuer Ă ne rien savoir de ce qui cause le dĂ©sir passion de lâignorance donc. Lâanalyste, dans sa rĂ©ponse Ă cet amour particulier, vise Ă permettre Ă lâanalysant de ne pas se maintenir dans la tromperie de lâamour et dây repĂ©rer ce qui le concerne. Pour le dire au risque dâune certaine hĂąte, câest lâobjet a en tant que câest ce qui cause son dĂ©sir. Sachant que cet objet a, si tant est quâil soit saisissable, ne sâattrape pas si facilement. Sachant aussi que son repĂ©rage suppose la traversĂ©e des identifications et du fantasme. Ce sera dâailleurs la tĂąche et la responsabilitĂ© de lâanalyste de conduire la cure en veillant Ă maintenir un Ă©cart entre le grand I et le petit a. Ce qui consiste Ă ne pas confondre le signifiant de lâIdĂ©al du moi Ââ le grand I â qui relĂšve de la logique du signifiant, de lâidentification au trait â qui ressort dâune introjection symbolique â, et lâobjet cause du dĂ©sir â le petit a â manque radical situĂ© au champ de lâAutre. LâIdĂ©al du moi, pourraitâon dire, relĂšve de lâintrojection de lâobjet, de la maniĂšre dont le narcissisme absorbe lâobjet, tandis que lâobjet a fait trou et pousse vers lâobjet et lâautre. La responsabilitĂ© de lâanalyste dans la conduite de la cure a pour but de conduire le sujet Ă prendre la mesure de son propre manque rien au champ de lâAutre ne vient rĂ©pondre â SA â Ă ma demande dâamour â ĂȘtre son a, son aimĂ© â puisque ce que jây cherche nâest rien dâautre que ce qui mây manque â a â et que je crois aimer mais qui nâest que la cause de mon dĂ©sir. Jâentends bien lâĂ©quivoque de cette formule et la souligne pour quâelle ne nous Ă©chappe pas le a est Ă la fois ce qui me manque au champ de lâAutre qui me fait manquant donc dĂ©sirant, et ce qui me produit comme ce qui peut manquer Ă lâAutre. Câest par lĂ que sâintroduit la question du dĂ©sir de lâAutre, et donc de lâangoisse qui doit ĂȘtre au rendezâvous de la cure. Le paradoxe, câest que cette recherche du a au champ de lâAutre qui fait toute lâaventure de la cure[18] nâest possible quâĂ la condition de la dissymĂ©trie, le temps nĂ©cessaire Ă lâanalysant, de sa relation Ă lâanalyste. Celuiâci doit donc supporter, le temps quâil faudra Ă son analysant, le semblant dont il se trouve affublĂ©. Sâil supporte le semblant de savoir, lâanalyste nâest pas sans aucun savoir. Le qui pro quo, lĂ encore, câest que ce savoir en tant quâil va opĂ©rer dans la cure concerne le dĂ©sir de lâanalyste en tant que tel, ce savoir est sĂ»rement ce dont lâanalysant cherche Ă se tromper, dans lâamour quâil porte Ă ce sujet semblant savoir quâest lâanalyste. Savoir sur le manque qui cause le dĂ©sir, ce savoir est assez improbable sinon intenable, et indicible. La plus belle fille du monde ne peut donner que ce quâelle a, dit le proverbe Ă quoi Paul Valery aurait rĂ©pondu Mieux vaut souvent quâelle le garde ! » La plus belle fille du monde, Ă lâissue de sa cure devrait se sentir plus lĂ©gĂšre de ce quâelle a, puisque câest bien ce quâelle nâa pas qui est Ă mettre en jeu dans lâamour[19]. Seulement, cette jolie fille pourrait aussi bien lĂ , devant lâimminence de ce savoir intenable, refermer le volet comme dit Lacan. Je ne crois pas dĂ©raisonnable de penser comme Freud que la rĂ©sistance Ă la psychanalyse trouve ses plus profonds motifs dans ce que la psychanalyse fait Ă©merger. Je ne crois pas dĂ©raisonnable non plus de penser quâau sein mĂȘme des groupes analytiques se manifeste une rĂ©sistance Ă la psychanalyse Ă lâendroit de ce savoir. L psychanalyse Ce savoir-lĂ , il nâest pas si simple dâen assumer les consĂ©quences une analyse a cet enjeu et parfois cette vertu. Est-ce aussi lâenjeu de la communautĂ© analytique ? Quâelle ne bouche pas le trou dans le savoir que la cure permet dâapercevoir serait la moindre des choses â quâelle ne cĂšde pas Ă la tentation dâune substantification de lâĂȘtre. Ce savoir intenable est un enjeu pour les groupes analytiques. On sait que certains ont renoncĂ© Ă la passe, dâautres nây ont jamais eu recours â ce qui revient au mĂȘme depuis que la passe existe. Ne fautâil pas considĂ©rer que ce renoncement est une rĂ©sistance Ă la psychanalyse ? Jâentends par rĂ©sistance Ă lâanalyse une rĂ©sistance Ă tirer les consĂ©quences de lâĂ©mergence du dĂ©sir de lâanalyste. Une psychanalyse amputĂ©e de sa fin et de lâouverture supplĂ©mentaire de la passe estâelle bien diffĂ©rente de la psychologie ? Il est Ă©vident que nous ne pouvons pas nous mettre tous dâaccord sur La psychanalyse, et quâil faut nous rĂ©soudre Ă lâĂ©vidence elle nâexiste pas â sauf Ă regrouper des pratiques hĂ©tĂ©rogĂšnes et Ă confondre lâanalyste et le psychothĂ©rapeute. Sâil nây a pas La psychanalyse, il relĂšve de la responsabilitĂ© de lâanalyste quâil puisse y en avoir une. Et puisque Le psychanalyste a aussi un statut prĂ©caire, jâai tendance Ă penser que cette responsabilitĂ© incombe aussi Ă lâanalysant. Il serait fou de confier aux seuls analystes la responsabilitĂ© de la psychanalyse, comme le disait notre collĂšgue Sidi AskofarĂ© il y a une vingtaine dâannĂ©es. On peut y entendre la prise en compte de lâexistence de la passe aussi bien quâune responsabilitĂ© qui incombe Ă lâanalysant â mener sa tĂąche y compris malgrĂ© les rĂ©sistances de lâanalyste. Et pourquoi ne pas pousser cette logique jusquâau candidat Ă lâanalyse ? Il serait facile de dire quâil ne sait pas ce quâil demande en disant je veux faire une psychanalyse », et dâengager la partie par lâannulation de son dire, en rĂ©sistant Ă lâanalyse quâil souhaite commencer. Il sâagit pour lâanalyste qui reçoit une demande dâanalyse, de prendre au sĂ©rieux dĂšs le premier Ă©change le rapport du candidat analysant Ă ce nom de Psychanalyse, supposer dâemblĂ©e un amour de Psychanalyse qui pourra ĂȘtre mis au service de la cure[20], voire dĂ©jĂ , un rapport symptomatique Ă Psychanalyse. Barrer le La et Ă©crire L psychanalyse est un premier pas dans ce sens, vers la possibilitĂ© dâune psychanalyse. Psychanalyse, P » majuscule Au commencement de la psychanalyse Ă©tait donc lâamour â de Freud, pourraitÂâon dire. Si le nom de Freud faisait venir Ă lui des candidats Ă lâanalyse, ne faut-il pas considĂ©rer que dĂ©sormais, la donne a changĂ© et que câest le nom Psychanalyse qui prĂ©cĂšde celui de lâanalyste ? Un baptĂȘme profane Quâestâce que le signifiant psychanalyse » dans le discours courant ? Elle est lĂ depuis Freud dans les signifiants disponibles, et permet que certains demandent Ă faire une psychanalyse. » Lâimportant câest quâil y ait alors un analyste pour engager la partie et accueillir le transfert qui lâinaugure, ce que rien ne garantit. Un analyste, estâce celui qui permet dâĂ©lever ce signifiant Ă la hauteur qui convient pour quâune analyse soit possible ? Cette hauteur estâelle celle du nom propre ? Je pose cette question car avec le signifiant on peut toujours discuter de ce que cela veut dire, du fait du malentendu de la parole. Mais dans le registre du nom propre, il nây a rien Ă discuter du fait de son caractĂšre idiotique et intraduisible dâune langue Ă lâautre ce qui lâexclut du malentendu[21]. Il nây a rien Ă redire Ă celui qui dit je veux faire une psychanalyse » ni Ă considĂ©rer quâil ne sait pas ce quâil dit si Psychanalyse est entendu comme nom propre. Il ne le sait pas plus quâun autre dâailleurs, du fait de lâinconscient, et il nây a Ă ce titre aucune raison de mĂ©priser ce quâil dit. Mieux vaut lâentendre, peutâĂȘtre, comme une dĂ©claration dâamour appuyĂ©e Ă la promesse que recĂšle ce nom, Psychanalyse, de dissoudre ce qui fait malaise dans la culture, mais aussi et avant tout dans notre existence[22] ». Mais une dĂ©claration dâamour peutâelle ĂȘtre adressĂ©e Ă Psychanalyse ? PeutâĂȘtre que oui, si Psychanalyse est pour celui qui le prononce un nom de lâAutre. Pierre Bruno propose dans La ruelle du dĂ©sir[23] » de faire de Psychanalyse un nom propre en lâĂ©crivant avec un P » majuscule. Jâai repris dans mon titre cette Ă©criture qui permet de souder ce nom propre au nom propre, donc singulier, de quiconque sâautorise Ă ĂȘtre psychanalyste. Il nây a donc pas un ensemble des psychanalystes, pas plus quâil nây a La psychanalyse, avec une majuscule cette fois sur lâarticle dĂ©fini.[24] ». Psychanalyse nâest pas un surnom, un substitut du nom comme ça pourrait ĂȘtre le cas de psychanalyste. Comme nom propre, il nâassure pas dâexistence Ă La psychanalyse. Il nây a donc pas la vraie psychanalyse contre la fausse, ni la dĂ©voyĂ©e contre la pure. Psychanalyse, comme nom propre, laisse chacun de ceux qui se risquent Ă la position de psychanalyste seuls Ă devoir â et pouvoir â rĂ©pondre de leur rapport Ă cette marque quâils adjoignent Ă leur nom. Car comme nom propre, Psychanalyse ne dit rien de ce que câest, ni ne qualifie rien. Ce baptĂȘme profane » nous force plutĂŽt Ă renouveler lâabord que nous pouvons avoir de la Psychanalyse. Chacun dâentre nous a Ă se tenir pour responsable dâune seule chose, son rapport singulier, voire symptomatique, Ă Psychanalyse[25] » ce que jâentends ainsi aimer ce nom qui ne relĂšve pas du signifiant, lâaimer en raison de lâaffinitĂ©, justement, du nom propre Ă la marque, Ă la dĂ©signation directe du signifiant comme objet[26] ». Comme nom propre, Psychanalyse ne se saisit que dans le rapport symptomatique de chacun Ă ce nom dans la cure et la passe notamment[27], mais aussi dans le discours courant â oĂč comme nom de lâAutre il pourrait bien ouvrir au symptĂŽme la voie du lien social â analytique. Est-ce Ă dire que Psychanalyse est tout et nâimporte quoi ? AssurĂ©ment pas, mais ce baptĂȘme exclut que Psychanalyse soit la marque distinctive dâun groupe analytique contre les autres. Il nous faut mĂȘme alors reconnaĂźtre que la plus psychologisĂ©e des psychanalyses nâest pas sans rapport Ă ce nom propre. Chacun se trouve ainsi condamnĂ© Ă soutenir son rapport symptomatique Ă Psychanalyse » et Ă assumer sans le secours dâaucun groupe ce quâil fait au nom de Psychanalyse. Ce rapport transcendant les groupes et Ă©coles, implique que Psychanalyse ne peut pas faire Ă©cole sur une homogĂ©nĂ©itĂ© doctrinale. Le Pari du transfert â de travail Il est certainement plus judicieux de mettre une majuscule Ă Psychanalyse quâĂ Ă©cole dans la perspective dâun faire Ă©cole » â qui comporte toujours le risque de faire foule si on laisse de cĂŽtĂ© le faire pour ne retenir que lâĂ©cole. Ce baptĂȘme profane met en question le rapport des analystes Ă la communautĂ©, quâil faut entendre comme lâensemble des groupes analytiques. Une question peut retomber sur chacun dâeux quâest-ce qui les organise ? On sait, pour avoir lu Freud, lâimportance quâil accorde Ă lâamour dans son sens Ă©largi et Ă lâidentification dans la structure des foules. Dans son article sur la psychologie des foules[28] » â Freud Ă©tait occupĂ© par la question de formaliser sa sociĂ©tĂ© au moment il lâĂ©crivait â, il nâest pas question du transfert, mais on pourrait lĂ©gitimement lây attendre. De ce texte, je vous propose de retenir trois points. 1 Dâabord, la non-opposition de lâindividuel et du collectif, posĂ© par Freud dans son introduction est une thĂšse que Lacan reprend dans le sĂ©minaire sur le transfert[29] ou encore dans la conclusion du temps logique » le collectif nâest rien que le sujet de lâindividuel[30]. » Lorsque nous essayons de mettre lâanalytique au principe de nos organisations nous prenons au sĂ©rieux cette thĂšse freudienne. Seule lâexpĂ©rience peut nous dire si nous y parvenons. Ne doitâon pas en dĂ©duire que ce que nous enseigne la cure peut nous orienter dans la formation et le fonctionnement de nos associations ? Si câest le cas, quâen est-il du transfert et de son maniement dans nos groupes ? La question peut paraĂźtre saugrenue mais lâappropriation de cette thĂšse par les associations orientĂ©es par les enseignements de Lacan me semble la justifier. 2 Ensuite lâamour dans sa conception Ă©largie comme dit Freud â soit la libido sous la forme des pulsions sexuelles â et lâidentification sont au principe de la constitution des foules. Leur nouage tourne autour de la dialectique de lâĂȘtre et de lâavoir. Freud qualifie de rĂ©gression le passage de lâamour vers lâidentification. Cette qualification peut sâappliquer Ă sa conception de la foule ses membres ont mis un seul et mĂȘme objet Ă la place de leur idĂ©al du moi, chacun renonçant ainsi Ă son propre jugement et ils sâidentifient alors les uns aux autres. Lâidentification horizontale vient complĂ©ter lâidentification verticale â ou lâamour dâun leader â insuffisante Ă la constitution en foule. La foule, avec son caractĂšre rĂ©gressif, nâest probablement pas le lien social que Freud privilĂ©gie, notamment pour la communautĂ© analytique. 3 DâoĂč ce dernier point qui me paraĂźt dâune extrĂȘme importance lâĂ©tat amoureux est le seul, nous dit Freud oĂč lâobjet [attire] sur lui une partie de la libido narcissique du moi[31]. » Il me semble quâil nous invite Ă retenir le choix de lâamour comme voie de sortie de la foule, Ă condition de spĂ©cifier cet amour comme celui quâune cure rend possible â a minima le transfert. La nĂ©vrose est une voie moins sĂ»re pour Freud, puisquâelle partage avec lâhypnose et la formation en foule le caractĂšre de rĂ©gression narcissique impropre Ă fonder un lien social allĂ©gĂ© du penchant narcissique. Il faut sĂ»rement comprendre que Freud compte sur la cure pour tempĂ©rer les nĂ©vroses de chacun, mais il me semble surtout quâil exclut la solution de la foule comme celle de lâhypnose â nul besoin de vous rappeler lâaveu de Freud quant Ă son aversion pour la suggestion dans ce texte â et invite Ă faire le pari de lâamour que permet la cure. Je mâĂ©tonne quâil nâait pas poussĂ© les choses jusquâĂ introduire ici la question du transfert, Ă la maniĂšre de Lacan qui en 1971 lance cet hapax du transfert de travail[32]. » Lacan en dit peu, et nous laisse alors la charge dâĂ©clairer cette histoire. Nous utilisons souvent cette expression, mais nous expliquonsânous vraiment sur elle ? Je vous livre la premiĂšre association que le terme de transfert de travail me suggĂšre. Il nous rappelle tous Ă notre condition dâanalysant, et nous appelle Ă une certaine tĂąche. Plus que de psychanalystes, nos associations gagnent Ă ĂȘtre associations dâanalysants â ou mieux de Psychanalyse â pour Ă©viter le plus possible le travers de la confrĂ©rie ou de la corporation. Lacan y veillait en mettant le non-analyste au cĆur de lâĂ©cole. Bien sĂ»r, nous nâen sommes pas quittes de la tĂąche qui nous incombe pour que notre amour de Psychanalyse ne se rĂ©duise pas Ă une passion. TĂąche sans fin Lorsque nous nous adressons Ă une communautĂ©, ce nâest pas au titre dâanalyste mais plutĂŽt dâanalysant, en nous consacrant en quelque sorte Ă une tĂąche analysante infinie[33]. » Cette tĂąche, hors analyse nâest pas pour autant hors transfert â un transfert de travail. Je cite Lacan Lâenseignement de la psychanalyse ne peut se transmettre dâun sujet Ă lâautre que par les voies dâun transfert de travail. Les sĂ©minaires », y compris notre cours des Hautes Ătudes, ne fonderont rien, sâils ne renvoient Ă ce transfert. Aucun appareil doctrinal, et notamment le nĂŽtre, si propice quâil puisse ĂȘtre Ă la direction du travail, ne peut prĂ©juger des conclusions qui en seront le reste[34]. » Cet autre transfert est ce sur quoi mise Lacan, et il me semble quâil nous invite Ă considĂ©rer que la doctrine est impropre Ă anticiper sur ce quâil permettra de conclure. La formule de Lacan au commencement de la psychanalyse est le transfert » pourraitâelle devenir au fondement du faire Ă©cole est le transfert ? Si câest dans le rapport entre lâĂ©laboration de la doctrine et le transfert de travail que la transmission de la psychanalyse serait possible, fautâil en dĂ©duire que le savoir analytique ne vaut rien sans amour ? Lacan reprend ici la prĂ©occupation dont il fait Ă©tat en 1961 dans son sĂ©minaire sur le transfert, Ă savoir le rapport de chaque membre Ă la communautĂ© analytique et ses incidences sur la doctrine analytique et la pratique de la cure. Si Lacan fait ce pari, ce nâest pas dans le sens de la fermeture de lâinconscient corrĂ©lative Ă lâĂ©mergence du transfert dans la cure. Ce nâest en tout cas pas dans ce sens que je mets lâaccent sur ce pari, mais sur le transfert, son destin et son traitement dans nos groupes. Nous savons que nous ne pouvons Ă©viter les effets de transfert dans nos assemblĂ©es, et que ces effets peuvent rĂ©ouvrir la porte des passions amour, haine[35] et ignorance, puisquâelles sont lĂ dâemblĂ©e chez le parlĂȘtre comme composantes primaires du transfert[36] ». Lacan met dâailleurs lâaccent sur lâignorance corrĂ©lĂ©e Ă lâamour et Ă la haine, comme fondamentale. Certes, on peut attendre dâune analyse quâelle ait des effets sur les passions de lâĂȘtre et notamment lâignorance â passion majeure du parlĂȘtre. Nâoublions pas que câest un Ă©tat du sujet en tant quâil parle[37] » et que câest sur cette modalitĂ© que le sujet se prĂ©sente dans le transfert. Lâignorance, dans le passage Ă lâanalyste change de statut, le savoir de lâanalyste devenant le symptĂŽme de son ignorance[38] » quâil pourra mettre en Ćuvre de maniĂšre formante[39] » pour le sujet dans la cure. Formante, lâignorance lâest aussi pour lâanalyste si on suit Lacan Câest bien lĂ quâest la passion qui doit donner son sens Ă toute la formation analytique, comme il est Ă©vident Ă seulement sâouvrir au fait quâelle structure sa situation[40] ». Le drame du Grand I et la saloperie du a Pour essayer de conclure, je vous propose que nous posions dâabord que nous sommes tous ignorants â puisque câest de lĂ que sâorigine notre travail analysant. Posons ensuite quâil nây a pas de diffĂ©rence entre le transfert et le transfert de travail puisque dans les deux cas il se fonde sur le rapport au sujet supposĂ© savoir. Mais il faut reconnaĂźtre une particularitĂ© de la cure, dans le sens oĂč le sujet choisi ce un seul[41] » Ă qui il peut sâadresser comme sujet supposĂ© savoir. Lâorganisation des psychanalystes, prĂ©cise dâailleurs Lacan, indique qui peut le reprĂ©senter quand elles donnent des titres[42]. On voit donc lâimportance quâil y a Ă faire des associations de psychanalyse plus que de psychanalystes, pour veiller Ă ce que lâanalyste ne relĂšve pas de lâidĂ©al une association en ce sens, nâa pas Ă garantir le psychanalyste, ne serait-ce quâen en publiant une liste. Mais le drame de lâorganisation sociale, communautaire, des psychanalystes » tient aussi pour Lacan Ă la fonction et au prestige de Freud Ă lâhorizon de toute position de lâanalyste[43] ». Le nom de Freud, pĂšre de la psychanalyse, sĂ»rement idĂ©alisĂ© et pas sans raisons, pĂšse sur nous. Si lâanalyste le met en position dâIdĂ©al du moi, sa tĂąche sera marquĂ©e par lâombre quâil sâen fera. Une vertu pourra en ĂȘtre que lâanalyste sâimpose un certain nombre de restrictions et dâexigences morales, ce qui nâest dĂ©jĂ pas rien. Mais sur un autre versant, cet idĂ©al peut ĂȘtre mis au compte du narcissisme la tĂąche analytique comme lâorganisation sociale dâune sociĂ©tĂ© de psychanalyse en seront alors rendues problĂ©matiques. Le poids de lâidĂ©al menace toujours la position de lâanalyste. Car, Lacan ne cesse de le montrer, ce nâest pas de ce cĂŽtĂ© quâil peut opĂ©rer y compris si certaines cures sâaccrochent Ă lâanalyste comme IdĂ©al du moi. Ce qui opĂšre, câest le dĂ©sir de lâanalyste, en tant quâil ne sâen tient pas Ă dĂ©boucher sur le plan des identifications et permet avec la reconnaissance de la pulsion Ă faire Ă©merger la cause soit lâobjet a. VoilĂ ce que dit Lacan de ce que lâanalyste devra faire avec le transfert lâopĂ©ration et la manĆuvre du transfert sont Ă rĂ©gler dâune façon qui maintienne la distance entre le point oĂč le sujet se voit aimable, â et cet autre point oĂč le sujet se voit causĂ© comme manque par a, et oĂč a vient boucher la bĂ©ance que constitue la division inaugurale du sujet[44]. » Cette orientation de la cure a vocation Ă lui assurer une fin conforme Ă son but. Comment, dans la communautĂ© analytique, opĂ©rer dans ce sens puisque le transfert ne sây fonde pas de lâadresse Ă un seul » ? Si le transfert, est bien lâaffirmation du lien du dĂ©sir de lâanalyste au dĂ©sir du patient[45] » â autre maniĂšre de dire son actualitĂ© plutĂŽt que dâen faire une pure rĂ©pĂ©tition â quâaffirmeâtâil dans la communautĂ© ? Peut-ĂȘtre le rapport au dĂ©sir de lâanalyste, mais il nâest pas facile dây appliquer les mĂȘmes mĂ©thodes que dans la cure. Quel usage et quel traitement en faire dans une formation collective ? Si la cure consiste Ă maintenir lâĂ©cart entre le grand I et le petit a, peutâon en tirer leçon pour le transfert de travail ? Il sâagirait de pouvoir mettre en fonction quelque chose de lâordre du a nĂ©cessaire pour sâopposer Ă la rĂ©gression narcissique. Mais, mettre lâobjet a toujours au cĆur de nos liens et nos travaux, quâestâce que cela peut bien vouloir dire ? Je vous rappelle ces mots de Lacan nous disons que nous fondons lâassurance du sujet dans sa rencontre avec la saloperie qui peut le supporter, avec le petit a dont il nâest pas illĂ©gitime de dire que sa prĂ©sence est nĂ©cessaire[46]. » Entre la saloperie et lâidĂ©al, entre la jouissance de lâobjet et celle du moi, nâavons-nous pas Ă tenir, via le transfert comme amour pris dans le rapport au savoir, une voie qui permette de nommer quelque chose Psychanalyse ? Ne devrait-on pas entendre ce passage au nom propre de Psychanalyse, comme ce qui nommant le principe dâun trou dans le savoir permet dâen faire le symptĂŽme de lâignorance ? Si Psychanalyse comme nom propre a retenu mon attention, câest en ce sens quâil pourrait limiter pour chaque groupe analytique, et par consĂ©quent pour chaque analyste, le glissement possible vers lâinfatuation, le narcissisme, soit une fonction parente de lâobjet a â qui lui, reste indicible. Il supplĂ©menterait les groupes et les psychanalystes, les interprĂ©tant comme pas tout, et laisserait ainsi sa chance Ă lâamour, de Psychanalyse. Mais ce baptĂȘme profane estâil un acquis ou bien toujours Ă refaire, par chacun dâentre nous, dans sa pratique comme dans ses engagements associatifs ? Il me semble que chacun peut y prendre sa part, mais reste Ă savoir comment. PeutâĂȘtre en Ćuvrant pour que lâattache Ă Psychanalyse, â quâon pourrait Ă©crire aâtĂąche ou Amour de Psychanalyse â vise un travail et ses fins plus que la constitution dâun groupe comme fin â ce qui pourrait ĂȘtre la dĂ©finition de la foule ? Entendons bien que cette question qui Ă©voque le cartel et les petits groupes de Bion â donc la dissolution â se pose aussi pour la cure. Plus que de rĂ©solution, ne devraitâon pas alors parler de dissolution du transfert ? Chacun ainsi renvoyĂ© Ă sa solitude se trouverait-il engagĂ© par son Amour de Psychanalyse dans un travail dont la vocation serait autre que de le prĂ©server de lâintranquillitĂ© ? RĂ©mi BrassiĂ©, Paris le 16 novembre 2019 notes [1] Pierre Bruno, Sylvianne Cordonnier, VĂ©ronique Sidoit et Laure Thibaudeau ont acceptĂ© de coordonner les rencontres du Pari de Lacan Ă Paris, sur ce thĂšme pour lâannĂ©e 2019-2020. [2] Ces questions font lâobjet du travail que nous menons Ă Toulouse dans le collectif psychanalyse et politique. [3] Jacques Lacan, LâagressivitĂ© en psychanalyse », Ăcrits, Paris, Le Seuil, 1966, p. 107. [4] Jacques Lacan, Le sĂ©minaire Livre VIII Le transfert, Paris, Seuil, le Champ Freudien 2004, p. 12 comme dans la Proposition dâoctobre 1967 » in Ecrits, Paris, Seuil, Le Champ Freudien,1966, oĂč il formule quâau commencement est le transfert. [5] Jacques Lacan, Le sĂ©minaire Livre VIII Le transfert, op. citĂ©, p. 183-184. [6] Jacques Lacan Le sĂ©minaire Livre X Lâangoisse, Paris, Seuil, le Champ Freudien 2004, p. 128. [7] Jacques Lacan, Le sĂ©minaire Livre VIII Le transfert, op. citĂ©, p. 18. Notons aussi [âŠ] vous ne devez dâaucune façon, ni prĂ©conçue, ni permanente, poser comme premier terme de la fin de votre action, le bien, prĂ©tendu ou pas, de votre patient, mais prĂ©cisĂ©ment son Ă©ros. » [8] Sigmund Freud, Remarques sur lâamour de transfert », dans La Technique psychanalytique, Paris, PUF, coll. Quadrige », 2007, p. 153. [9] Cf. Jacques Lacan, Introduction Ă lâĂ©dition allemande des Ăcrits » 1973, dans Autres Ă©crits, op. citĂ©. [10] Jacques Lacan Le sĂ©minaire Livre XI Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, op. citĂ©, p. 220â221, mais aussi, PremiĂšre version de la proposition du 9 octobre 1967 » in Autres Ă©crits, op. citĂ©, p. 578 Le transfert, je le martĂšle depuis dĂ©jĂ quelque temps, ne se conçoit quâĂ partir du terme du sujet supposĂ© savoir. » ou du mĂȘme ouvrage. [11] Jacques Lacan, Le sĂ©minaire Livre X Lâangoisse, op. citĂ©, p. 175. [12] Idem, p. 148. Lacan y prĂ©sente lâacting out comme amorce du transfert, transfert sauvage, la question Ă©tant de faire entrer lâĂ©lĂ©phant sauvage dans lâenclos ». [13] Jacques Lacan, Le sĂ©minaire Livre VIII Le transfert, op. citĂ©, p. 17. [14] Voir par exemple Sigmund Freud, Sur la psychologie du lycĂ©en », in RĂ©sultats, IdĂ©es, ProblĂšmes, tome I, PUF, BibliothĂšque de psychanalyse », Paris, 1984. [15] Voir note 12. [16] Jacques Lacan Le sĂ©minaire Livre XI Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse op. citĂ©, p. 119. Lorsquâil est Ă ciel ouvert, on est dans un autre ordre de difficultĂ©s. [17] Idem, p. 121. [18] Jacques Lacan, Le SĂ©minaire Livre X ; Lâangoisse, op. citĂ©, p. 390. [19] Voir par exemple Jacques Lacan, Le sĂ©minaire Livre VIII Le transfert, op. citĂ©, [20] Câest lâidĂ©e de Pierre Bruno dans Aucun commencement » in Psychanalyse YETU n°41. [21] Je vous renvoie Ă la leçon du 20 dĂ©cembre 1961 et aux suivantes du sĂ©minaire sur lâidentification de Lacan. Ainsi quâĂ Lacan, Autres Ă©crits, op. citĂ©, p. 248 On reconnaĂźt Ă la premiĂšre ligne le signifiant S du transfert, câestâĂ âdire dâun sujet, avec son implication dâun signifiant que nous dirons quelconque, câest-Ă -dire qui ne suppose que la particularitĂ© au sens dâAristote toujours bien venu, qui de ce fait suppose encore dâautres choses. Sâil est nommable dâun nom propre, ce nâest pas quâil se distingue par le savoir, comme nous allons le voir. » [22] Pierre Bruno, Du dĂ©sir » in Psychanalyse YETU n°43, ErĂšs, Toulouse, 2019. [23] Idem. [24] Idem, p. 70. [25] Pierre Bruno, Du dĂ©sir » in Psychanalyse YETU n°43, ErĂšs, Toulouse, 2019. [26] Cf. la leçon du 20 dĂ©cembre 1961 du sĂ©minaire sur lâidentification de Lacan. p. 86 de la version ALI [27] Estâce que lâenjeu de la nomination dans la passe ne concerne pas ce nom propreâlĂ ? Je me contente de mentionner la question, qui nous ferait digresser. [28] Jacques Lacan, Le sĂ©minaire Livre VIII Le transfert, op. citĂ©, p. 386. [29] Idem, p. 457. [30] Jacques Lacan, Le temps logique et lâassertion de certitude anticipĂ©e » in Ă©crits, op. citĂ©, p. 213. [31] Sigmund Freud, Psychologie des foules et analyse du moi » 1921 in Essais de psychanalyse, Paris, Petite BibliothĂšque Payot, 1981, p. 216. [32] Jacques Lacan, Acte de fondation 21 juin 1964 » in Autres Ă©crits, op. citĂ©, la citation figure dans la note adjointe le 28 fĂ©vrier 1971. Je ne lâai retrouvĂ© nulle part ailleurs, mais vous me signalerez peutâĂȘtre dâautres rĂ©fĂ©rences. [33] Comme jâai pu le relever dans ma lecture du numĂ©ro 42 de la revue Psychanalyse YETU. Lâattache » Ă©tait le titre de mon intervention pour Les lecteurs du dimanche, organisĂ©s par Le Pari de Lacan le 16 dĂ©cembre 2018 Ă Paris. Cette tĂąche infinie renvoie bien sĂ»r Ă la tĂąche sans fins » de Freud dans Lâanalyse avec fin et lâanalyse sans fin » 1937, in RĂ©sultats, idĂ©es, problĂšmes tome II 19211938, PUF, Paris, 1985., p. 265. [34] Jacques Lacan, Acte de fondation 21 juin 1964 » in Autres Ă©crits, op. citĂ©, la citation figure dans la note adjointe le 28 fĂ©vrier 1971. [35] Dont VĂ©ronique Sidoit nous a parlĂ© le 12 octobre 2019 pour lâouverture des travaux sur le transfert, sous le titre Qui pro quo et malentendus » [36] Jacques Lacan, Le sĂ©minaire, Livre I, Les Ă©crits techniques de Freud, Paris, Seuil, 1975, p. 298. [37] Idem, p. 189. [38] Jacques Lacan, Variantes de la cure type » in Ecrits, op. citĂ©, p. 358. [39] Jacques Lacan, Le sĂ©minaire, Livre I, Les Ă©crits techniques de Freud, op. citĂ©, p. 306. [40] Idem. [41] Jacques Lacan Le sĂ©minaire Livre XI Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, op. citĂ©, p. 211. [42] Idem, p. 210. [43] Idem, p. 211. [44] Idem, p. 248. [45] Idem, p. 229. [46] Idem, p. 232.
Qu'est-ce que la cristallisation en amour ? Dans De l'Amour, Stendhal expose sa dĂ©finition de la cristallisation amoureuse. Un homme rencontre une femme et est Ă©bloui par sa beautĂ©. Comment tombe-t-il alors amoureux ? âLa premiĂšre cristallisation commence. On se plaĂźt Ă orner de mille perfections une femme de l'amour de laquelle on est sĂ»r ; on se dĂ©taille tout son bonheur avec une complaisance infinie. Cela se rĂ©duit Ă s'exagĂ©rer une propriĂ©tĂ© superbe, qui vient de nous tomber du ciel, que l'on ne connaĂźt pas, et de la possession de laquelle on est assurĂ©. Laissez travailler la tĂȘte d'un amant pendant vingt-quatre heures, et voici ce que vous trouverez. Aux mines de sel de Salzbourg, on jette dans les profondeurs abandonnĂ©es de la mine un rameau d'arbre effeuillĂ© par l'hiver ; deux ou trois mois aprĂšs, on le retire couvert de cristallisations brillantes les plus petites branches, celles qui ne sont pas plus grosses que la patte d'une mĂ©sange, sont garnies d'une infinitĂ© de diamants mobiles et Ă©blouissants ; on ne peut plus reconnaĂźtre le rameau primitif. Ce que j'appelle cristallisation, c'est l'opĂ©ration de l'esprit, qui tire de tout ce qui se prĂ©sente la dĂ©couverte que l'objet aimĂ© a de nouvelles perfections.â Le travail de la passion crĂ©e une illusion, ou plutĂŽt une auto-illusion donc une mystification de l'ĂȘtre aimĂ© par l'amoureux la femme rĂ©elle n'existe plus, seul existe l'ĂȘtre parfait pour l'amoureux. Stendhal affirme que l'amoureux crĂ©e son objet la femme aimĂ©e Ă partir d'une rĂ©alitĂ©, certes, mais d'une telle maniĂšre que la femme rĂ©elle est transfigurĂ©e par la passion. Et Stendhal de constater de maniĂšre ironique âLâon dirait que par une Ă©trange bizarrerie du coeur, la femme aimĂ©e communique plus de charme quâelle nâen a elle-mĂȘmeâ C'est aussi la cristallisation qui rend incommunicable la passion des autres l'amour crĂ©e atour de l'aimĂ© un halo que seul l'amoureux voit et comprend. GrĂące Ă la cristallisation, Stendhal Ă mis au jour ce grand mĂ©canisme qui agite le coeur sans forcĂ©ment que l'homme se contrĂŽle lui-mĂȘme.
Des maux et des mots, source et ressources Amour Haine Psychanalyse Entre passion et pulsion ... Si amour vient sans dĂ©tour du latin amare sur lequel se sont greffĂ©s ami, amitiĂ©, amical, amĂ©nitĂ© et amant ancien participe prĂ©sent du verbe aimer, haine a une origine germanique, hassen », dont on retrouve la trace dans son Ă©quivalent anglais hate »⊠La simplicitĂ© apparemment sans mystĂšre de lâĂ©tymologie de ces deux concepts tĂ©moigne-telle de leur inhĂ©rente complexitĂ©? La relation maternelle, en ce quâelle a charnel et par lĂ dâĂ©rotisant, prĂ©side aux configurations amoureuses ultĂ©rieures et leur confĂšre sa tonalitĂ©. Mais quâun seul terme existe pour dĂ©peindre aussi bien lâattraction sexuelle entre un homme et une femme que lâattachement sensĂ© ĂȘtre chaste entre parent et enfant, frĂšre et sĆur, ami et ami⊠ne va pas sans brouiller les pistes. Comme par ailleurs, lĂ oĂč le grec possĂ©dait deux termes Ăros et AgapĂ© pour distinguer lâamour possessif de lâamour divin, le latin ne nous en a lĂ©guĂ© quâun seul, il est difficile de ne pas se perdre parmi ses nuances. On peut cependant convenir que lâamour est un mouvement dâattraction qui tend Ă rĂ©unir, tandis que la haine tendrait Ă diviser. Rarement pur, souvent teintĂ© de cette passion dĂ©vastatrice qui le dĂ©nature, lâamour est parfois mis Ă mal. On lâaime mieux quand il lui rĂ©siste que lorsquâil lui cĂšde, câest pourtant peut ĂȘtre cette mise Ă lâĂ©preuve qui le renforce et le confirme. Ressource compensatoire comblant la faille que creuse lâabsence dâun ĂȘtre cher, la haine procurerait Ă certains solitaires une jouissance comparable Ă celle quâils ne savent tirer de lâamour et dont les bĂ©nĂ©fices, plus intellectuels que charnels, plus cĂ©rĂ©braux quâĂ©motionnels, fantasmatiques que rĂ©els, ne seraient jamais satisfaisants. Perte, fusion, peur panique, rancĆur, quelque en soit la cause apparente, on haĂŻrait ce qui signifierait notre mort. Sensation de dĂ©saveu, de dĂ©pit ou de trahison, jalousie ravageuse, discrimination, impression dâĂ©touffer ou de soudaine mise en danger, volontĂ© meurtriĂšre, soif de vengeance⊠nombreuses sont les pulsions destructrices qui incitent Ă la haine . Un voleur sâincruste dans lâintimitĂ© de votre appartement, un inconnu sâen prend Ă votre enfant⊠Lâamour sera-t-il assez fort pour attĂ©nuer la blessure? Couvant parfois Ă lâinsu de celui quâelle habite, quâelle sâexprime de façon impulsive ou donne lieu Ă des actes mĂ»ris, la haine, comme pour intensifier sa malignitĂ© dĂ©passe le plus souvent ses causes câest ce qui lui confĂšre un caractĂšre Ă©nigmatique. Mouvement violent, dĂ©sordonnĂ© ou rĂ©vĂ©lateur de dĂ©sordre, qui prend racine dans une souffrance intime, elle sâimpose en rĂ©ponse Ă des menaces de mort, rĂ©elles ou fantasmĂ©es, entraĂźnant celui qui lâĂ©prouve, Ă contre courant de la promesse de vie. Ne pas aimer nâest pas haĂŻr la haine nâest pas le contraire de lâamour, mais quand elle sâamorce, entre en jeu, se dĂ©clare Ă cĆur ouvert ou agit en sourdine, entre deux personnes unies par un lien amoureux, elle transforme ce lien en son contraire, câest-Ă -dire en inimitiĂ©. Traversant les gĂ©nĂ©rations, elle est tenace. Quand on lui offre de la rĂ©sistance, elle insiste pour sâexprimer. Plus son objet est enfoui, mieux elle enfle, croĂźt, infiltre, tendant Ă se rĂ©vĂ©ler avec ruse ou violence comme pour ne pas se faire oublier. Impliquant une hostilitĂ© passagĂšre ou dĂ©finitive, Ă lâinstant oĂč elle sâexprime, lâamour, nâa plus de place et câest de prĂ©fĂ©rence au nom de ce dernier quâelle lâeffaceâŠ. Il doit ĂȘtre motivĂ© pour ne pas sombrer⊠Elle lâappelle, elle le chasse. Jâaime, je haisâŠle dĂ©sespoir pointe, câest lâasphyxie, on se sent partagĂ©, torturĂ© de ne savoir aimer qui on aime⊠Comment ne pas se haĂŻr soi mâaime », comment ne mâaime pas se vautrer dans la haine » ? Va je ne te hais point », telles sont dâabord les paroles dâune femme, ChimĂšne, Ă son amoureux, Rodrigue . Paroles dâune femme aimante, dâune femme confiante, dâune femme tranquille, dâune femme qui dans les premiĂšres annĂ©es de sa vie a sans doute Ă©tĂ© bien aimĂ©e ». Paroles rassurantes pour affronter lâextĂ©rieur, telles sont aussi celles que souhaiterait entendre lâenfant qui a Ă©tĂ© grondĂ©. Ou lâadolescent, lorsque sa volontĂ© de sâĂ©loigner aura provoquĂ© un orage. Heureux tĂ©moignage dâamour que ces paroles de rĂ©confort, quand les siennes, un instant plus tĂŽt auront laissĂ© transparaĂźtre, Ă travers rage, colĂšre et autres manifestations agressives, un sentiment de dĂ©testation, face au dĂ©pit amoureux parental. Ce sont encore celles que nous aimerions tous entendre chaque fois quâun besoin ou un dĂ©sir dâouverture sur lâextĂ©rieur provoque Ă©clats ou tiraillements. Clefs pour la libertĂ©, elles nous confirmeraient dans nos racines en autorisant la sĂ©paration sans porter atteinte Ă lâamour. Pour ĂȘtre de la haine, les mouvements agressifs dâhostilitĂ© ont besoin dâavoir Ă©tĂ© mĂ»ris. PĂšre mĂšre sĆur frĂšre oncle cousin voisin Ă©tranger âŠ. Quâelles soient prĂ©sentes ou absentes, rĂ©elles ou symboliques, lâenfant se construit Ă travers ces figures, nourrissant Ă leur Ă©gard amour ou haine selon ce quâil en reçoit et selon que ce quâil en perçoit correspond Ă ses espĂ©rances ou les contrarie. La douleur est un mode de dĂ©fense chez celui qui se sent blessĂ©. Si Ă son expression sâassocie souvent celle de la haine, porter atteinte Ă un point sensible nâest pas toujours un acte volontaire. Lorsque celui qui occasionne une blessure, quâelle soit physique ou morale, na dâautre raison que de blesser pour blesser, on peut Ă juste titre dĂ©noncer une hostilitĂ© de sa part. Mais la haine Ă lâĂ©tat pur dĂ©sarme et interroge sur ses limites celui quâelle touche sans quâil lâait sciemment provoquĂ©e, et meurtrit qui nâavait pas lâintention de blesser. Ăcho probable dâun authentique dĂ©sespoir, la haine nâen est pas moins un appel Ă la limite. Câest lorsque la frustration lui donne conscience de sa dĂ©pendance et de son impuissance que le nourrisson devenu agressif Ă©clate de⊠rage ? de colĂšre? de fureur? de dĂ©sespoir? Est-ce pour autant de la haine ? Expressions de cette agressivitĂ© primitive, jalousie, envie, dĂ©sir de possĂ©der, rĂ©sulteraient de la nĂ©cessitĂ© de la contrĂŽler. Un enfant au comportement violent qui cogne hurle et chaparde sera peut-ĂȘtre un enfant dans lâincomprĂ©hension qui appelle au secours, dĂ©sespĂ©rĂ© par son impuissance Ă vivre sans souffrir. Mais lâenfant qui met au point â car il se sent lĂ©sĂ© ou menacĂ© dans ses privilĂšges - une stratĂ©gie pour dĂ©truire lâobjet de son dĂ©pit, pourra lui ĂȘtre soupçonnĂ© de haine. Et si aprĂšs avoir chipĂ© lâargent du goĂ»ter du frĂšre, piĂ©tinĂ© le dessin de la petite sĆur, dĂ©truit le portable du pĂšre⊠il ne se heurte pas Ă la loi, il partira probablement diriger son ressentiment contre la sociĂ©tĂ©. Si lâamour est reconnaissance de lâautre, câest parce que lâon aime que lâon ne comble pas tout Ă fait. Câest parce que je tâaime et que je tiens Ă toi en vie que jâagis de façon telle que tu crois que je ne tâaime pas⊠pourrait-on lire sous certaines dĂ©sapprobations hostiles. Que lâon soit mĂšre fille maĂźtresse ou amante, pĂšre fils amoureux ou amant, adulte ou enfant, parfois lâamour nous abandonne pour laisser place Ă un sentiment⊠peu aimable qui allume un foyer de douleur et attise la peur. Un ami vous trahit et la rancune sâinstalle. Un enfant malade ? Un accident ? Ă qui la faute⊠Quand il sâagit de trouver un responsable, la haine a vite fait dâentrer en jeu avec sa dose dâirrationnel. La peur est un des sentiments qui y prĂ©sident le plus souvent. Peur de ne parvenir Ă ĂȘtre efficace, juste, bon⊠peur de ne pas rĂ©ussir, peur dâĂȘtre mis en danger,dâĂȘtre dĂ©voilé⊠Peur pour une belle mĂšre que son fils lui Ă©chappe, peur ⊠Peur pour une mĂšre de ne savoir marquer les limites Ă son enfant dont lâappĂ©tit de vivre se traduit par un besoin dâindĂ©pendance qui soudain la dĂ©passe tout emplie dâamour possessif pour son tout petit », happĂ©e par lâangoisse de ne savoir faire valoir son autoritĂ©, et perdant son sang froid, câest avec agressivitĂ© quâelle le laisse transparaĂźtre ou le dissimule. Lâenfant, ni tout Ă fait maĂźtre ni tout Ă fait conscient de sa force, vivra la rĂ©action maternelle comme du dĂ©samour ou un refus de le voir grandir. Un Ă©lan de haine en sera la rĂ©plique. PassagĂšre, tel un langage parallĂšle qui traduit mĂ©tamorphose et perturbations corollaires, cette haine » est nĂ©cessaire pour marquer la distance. Et, paradoxe de lâenfance, signifier son incomprĂ©hension dans lâespoir dâĂȘtre compris !!! Afin que lâesprit ne sâaiguise Ă cette passion qui lâaltĂšre, un mot, un geste de sympathie, dans lâaprĂšs-coup, sâils ne sont pas dictĂ©s par la culpabilitĂ©, inviteront Ă sortir de la haine en dĂ©samorçant le cercle vicieux des offenses et des reprĂ©sailles, une fois lâagitation retombĂ©e. La haine est un rappel dâune blessure narcissique initiale. Souffre douleur ou complice, un enfant Ă©levĂ© dans la haine sera probablement un parent maladroit, inquiet quant Ă ce quâil transmet Ă ses enfants. Une fille nĂ©gligĂ©e, non apprĂ©ciĂ©e pour les qualitĂ©s inhĂ©rentes Ă son sexe. Un fils idolĂątrĂ© qui fait figure de rĂ©fĂ©rence. Et la sĆur devenue mĂšre Ă©prouvera des difficultĂ©s Ă aimer le fils dont la vision lui rappellera le traitement discriminatoire dont elle fĂ»t lâobjet. Envie, rivalitĂ©, identification admirative, la gamme des sentiments fraternels varie entre haine et amour selon les Ăąges, lâordre dâarrivĂ©e, les humeurs, les Ă©poques, les enjeux. Quand lâun est attirĂ© vers lâautre, celui-ci le rejette. Ă chacun sa part de dĂ©convenue et lâexpression de sa jalousie. DiffĂ©rente de lâun Ă lâautre, si elle nâest ni avouĂ©e, ni mise en mots, ni relativisĂ©e, grĂące au soutien dâadultes aimants et responsables, la jalousie sâexacerbera sous lâeffet des rivalitĂ©s qui pour ĂȘtre naturelles nâen sont pas moins menaçantes. Et lâamour entre frĂšre et sĆur risque de nâĂȘtre plus quâun terme vidĂ© de son essence sous le linceul duquel se cache la haine et le reflet de toutes les guerres. Guerre des peuples, guerres des civilisations, guerres des religions, guerre des sexes. Quand il sâagit de la volontĂ© de prĂ©dominance de lâun sur lâautre, ou du refus du diffĂ©rent qui figure lâĂ©tranger menaçant, lâamour nâa pas de place. Ni les notions de partage, de rapprochement, de complĂ©mentaritĂ©, de rĂ©partition Ă©quitable, de rĂ©ciprocitĂ©, ou dâaimable respect⊠Au culte du garçon correspondra la haine de la fille, et lâidolĂątrie de cette derniĂšre pour le premier en signera le mĂ©pris. Quand un sexe est magnifiĂ©, lâautre se vit sous estimĂ©, et le ressentiment quâil en conçoit se travestit en fascination aveugle faute dâavoir le droit dâĂȘtre formulĂ©. GuĂšre plus salutaire quâune inimitĂ© dĂ©clarĂ©e, lâadoration est plus le double de la dĂ©testation que la proche parente de lâamour. Par peur de troubler lâamour, la difficultĂ© Ă le voir se transformer et lâangoisse de le perdre risquent de lâinterdire dans sa nouvelle lâadolescence, avec lâĂ©veil de nouveaux Ă©mois amoureux, les relations infantiles sont remises en jeu. Lâattrait de lâaventure rend lâenfant impulsif, tandis quâune apprĂ©hension de lâavenir le fragilise. Sa conscience sâaiguise, mais il nâa pas encore les ressources nĂ©cessaires pour assumer cette conscience. Amertume, dĂ©pit, confrontation, il ne faut pas cĂ©der Ă la peur de dĂ©plaire. Ăpisodique, non pathologique, la haine » occasionnĂ©e dans ce cadre marque la nĂ©cessitĂ© dâune juste distance. Constitutive de la formation du sujet, en ce quâelle a de sĂ©parant et donc de structurant, elle lâautorise Ă aimer. Ailleurs. Autrement. Induite par un instinct de dĂ©fense plus que par des pulsions meurtriĂšres, une fois la sĂ©paration opĂ©rĂ©e, elle se dissipe. Nâa plus de raison dâĂȘtre sa fonction alors est avant tout symbolique. La haine Ă dĂ©faut de mieux est partie intĂ©grante de lâamour quand elle autorise la sĂ©paration et la reconnaissance de lâautre en tant que tel. La dĂ©pendance, passĂ©e un certain Ăąge est effrayante, et dĂšs que la conscience de son emprise se fait ressentir, elle encourage lâĂȘtre qui en souffre Ă des sentiments dâhostilitĂ© envers celui ou celle qui la lui fait subir. La violence verbale ou physique en est une des manifestations. Lâautomutilation une autre. Je mâenlaidis pour te forcer Ă te dĂ©tacher de moi, tant pis si tu me dĂ©testes, mais ne mâaime plus comme tu mâaimes si câest aimer que dâemprisonner ». Certains comportements adolescents suggĂšrent de façon maladroite au parent de lĂącher prise⊠Le ne tâinquiĂšte pas maternel », inquiĂšte le jeune adolescent, qui doit affronter lâextĂ©rieur, plus quâil ne le rassure dans la mesure oĂč il intervient dans un domaine oĂč seule la capacitĂ© Ă exercer sa sĂ©duction pourra le rassurer. Un excĂšs dâattentions lâamĂšne Ă souffrir. Câest moins la mĂšre qui est en cause que la sensation dâenfermement provoquĂ©e par une relation devenue inadaptĂ©e et Ă laquelle il voudrait se soustraire, sans blesser ni se blesser, sans perdre son amour ni le dĂ©savouer, sans engendrer de plaintes maternelles ni subir de griefs⊠LâentrĂ©e dans lâadolescence suppose un rĂ©ajustement des valeurs qui prĂ©sident Ă lâĂ©conomie affective et familiale, et les parents doivent apprendre eux aussi de nouvelles façons dâĂȘtre. En tant que parent, aider notre enfant Ă nous quitter⊠En tant quâenfant aider nos parents Ă nous laisser partir. Si la culpabilitĂ© dâen aimer un autre que pĂšre ou mĂšre peut inciter Ă la haine, câest surtout quand la sĂ©paration sâopĂšre mal, quâelle pointe. On ne peut gagner sans perdre, exister Ă lâextĂ©rieur signifie ĂȘtre moins aimĂ© Ă lâintĂ©rieur et renoncer Ă lâidĂ©al symbiotique avec sa mĂšre, avec lâunivers. Menaçant autant quâattirant, le dehors » met en porte-Ă -faux avec soi-mĂȘme puisquâil pousse Ă se dĂ©tourner de qui on aime. Le propre de lâenfant tout au long de sa croissance Ă©tant de devenir autre, ses besoins sâĂ©cartent de ceux de ses parents au fur et Ă mesure quâil grandit. Accepter quâil soit un ĂȘtre toujours en devenir, donc toujours un peu Ă©tranger⊠ne signifie pas cĂ©der Ă ses exigences, mais les entendre et lui faire entendre quâelles ont Ă©tĂ© entendues. Câest Ă travers lâattitude parentale - et le reflet de soi que lâenfant en conçoit - que la haine se justifie ou sâestompe. De la rĂ©ponse en retour Ă ses impulsions agressives, unique façon pour lui de marquer sa diffĂ©rence dĂ©pendra son aptitude Ă aimer. En contre partie, la prise de libertĂ© nâallant pas sans prise de responsabilitĂ©, lâadolescent doit apprendre de son cĂŽtĂ© Ă donner autant quâĂ recevoir. Assumer ses actes. Assurer le fondement de ses choix. Sâouvrir au dialogue. Câest une des particularitĂ©s de lâamour que de nous forcer Ă grandir avec lui ⊠La haine qui lie Ă lâautre dans un rapport de force est le corollaire bien nĂ©gatif dâun amour enfantin dont on ne parvient Ă faire le deuil. Alors mĂȘme quâon se rĂ©clame adulte Ă corps et Ă cris, ces cris prouvent le contraire de ce que lâon voudrait imposer par la force. Plus que de lâautre, la volontĂ© dĂ©pend de notre aptitude Ă la traduire et Ă lâinscrire dans et pour le social. Parent ou enfant, mĂȘme en matiĂšre dâamour, il sâagit de substituer au principe de plaisir celui pas si dĂ©plaisant⊠de rĂ©alitĂ©, en renonçant Ă son moi-total » et Ă lâautre comme source obligĂ©e de plaisir » . LĂ oĂč lâamour est invoquĂ© pour justifier des conduites de dĂ©pendance se cache souvent un sentiment mortifĂšre. Douceurs, cĂąlins ne sont pas, comme trop de fictions publicitaires le martĂšlent, synonymes dâamour mais dâattachement, dâapprĂ©hension de la rĂ©alitĂ© et dâinvitation Ă la rĂ©gression. La haine qui perce Ă lâadolescence prĂ©figure celle dont le spectre nous hante au long de lâexistence, prĂȘte Ă surgir dĂšs quâil sâagit de concilier lâinconciliable. Câest dans la difficultĂ© dâĂ©tablir une continuitĂ© entre intĂ©rieur et extĂ©rieur que se localiseraient ses germes. BrĂšche dans laquelle sâinfiltrent toutes les fragilitĂ©s et se font ressentir les tiraillements entre les deux mondes, lâintime et le social⊠Et toute autre dualitĂ©. Expression de lâimpossible autant que de lâespoir, marque de la volontĂ© de partage autant que de sa difficultĂ©, elle nâa rien de honteux sinon Ă en nier lâĂ©vidence. Ăprouvants sur le plan narcissique, les dĂ©fis quâelle nous lance ne sont pas sans intĂ©rĂȘt Ă releverâŠUne bonne dose dâamour et dâhumour aussi ! reste quand mĂȘme prĂ©cieuse pour rĂ©sister aux assauts haineux de ses enfants dont lâalchimie sentimentale, amoureuse, affective âŠpar delĂ apparences et liens de parentĂ©âŠ. ne sâapparente pas toujours Ă la nĂŽtre !!! On peut entrer dans la haine par loyautĂ© familiale. Ou choisir de ne pas y entrer Les sentiments hostiles ne sont pas forcĂ©ment destinĂ©s Ă la personne au contact de laquelle ils surgissent. Mais en Ă©cho Ă des histoires enfouies dont chacun se fait le relais provisoire. Celui dâadversitĂ© prend sa source dans lâintimitĂ© de la personne quâil Ă©branle, et sâexprime Ă propos dâune relation qui en Ă©voque dâautres dont on porte les traces mnĂ©siques sans en avoir la conscience. Du cĂŽtĂ© de lâenfant comme de lâadulte, lâinterprĂ©tation subjective des rĂ©actions que suscite un conflit » est liĂ©e Ă lâĂ©motion soudaine quâavive la rĂ©actualisation dâun drame familial douloureux en son temps. Pouvons-nous dire que nous en avons non pas la science le ça-voir mais la co-naissance, au sens Ă©tymologique ce que lâon a avec la naissance »⊠Porteurs dâune histoire qui nous prĂ©cĂšde et nous dĂ©passe, qui nous berce dĂšs notre venue au monde avec ses passions et ses orages, nous lui appartenons peut-ĂȘtre encore plus quâelle nous appartient. Pourquoi lâoncle X est-il Ă ce point haĂŻ ? Pourquoi la petite cousine » de soixante ans sert-elle de bouc Ă©missaire depuis quâelle en a six ? Et pourquoi par loyautĂ© familiale ne peut-on voir la tante maudite alors quâelle nous sert de guide intĂ©rieur ? Secrets inavouables et crainte de la rĂ©vĂ©lation dâune infidĂ©litĂ© obligent⊠On est comme on naĂźt, plein aussi de la haine de nos ancĂȘtres. Et en matiĂšre de haine familiale, il faudrait ĂȘtre capable de refuser son hĂ©ritage, ou de le remettre en questions pour se libĂ©rer du poids du passĂ© avant de se le rĂ©approprier. Le vĂ©cu archaĂŻque des parents peut orienter leur perception de façon nĂ©gative. Comme pour confirmer un sentiment de haine qui lui prĂ©existe, un fils ranimera par sa vitalitĂ© une jalousie haineuse dont le pĂšre enfant aura fait lâobjet. Amorce de la rĂ©pĂ©tition du passĂ© parental, et double nĂ©gatif en miroir, il est un des termes du transfert dâune relation ancienne qui Ă©chappe en fait Ă son pouvoir et Ă laquelle il ne peut mais⊠Il figure lâindĂ©sirable. Par rĂ©flexe, une mĂšre, sensible aux tensions que provoque lâaffleurement du passĂ© impensĂ©, tout Ă la frayeur dâen voir les spectres ressusciter, nâautorisera ni ne sâautorisera aucune manifestation agressive. Sâempressant dâanticiper douleurs et dĂ©bordements de lâenfant, elle instaure un amour de dĂ©pendance » dont Dolto dit quâil est si prĂšs de la haine quand cet amour nous a barrĂ© lâaccĂšs Ă notre identitĂ© ». Lâemprise psychologique ainsi exercĂ©e empĂȘche la pensĂ©e de sâĂ©laborer, pĂšse sur lâenfant, entrave ses prises de responsabilitĂ©, le maintient dans la dĂ©pendance. Inscrits dans la mĂ©moire, des souvenirs planent qui guident les rĂ©actions quand rien dans lâactualitĂ© du sujet ne justifie dâinquiĂ©tude. Par loyautĂ© familiale, on ressent de la haine pour quelquâun dont on craint quâil ne mette en danger la vie de son enfant. Une femme, dont le pĂšre aura Ă©tĂ© jugĂ© fautif de la mort dâun petit frĂšre, alors quâelle Ă©tait enfant, gardera en elle une apprĂ©hension du pĂšre » qui - si elle nâa pas Ă©tĂ© pensĂ©e - se reportera sur le pĂšre de ses enfants. Des bouffĂ©es de haine lâenvahiront Ă lâoccasion dâun geste anodin convoquant en elle le fantĂŽme du pĂšre criminel ». Solidaire de ses parents par essence, tout en sâalliant en apparence Ă ceux qui les incriminent, lâenfant les dĂ©fend inconsciemment et prend la haine en charge, comme un hĂ©ritage inavouable. Câest celle-ci qui surgit, Ă lâĂąge adulte, face Ă cet autre pĂšre », par vagues incomprĂ©hensibles mais nourries de lâhorreur quâil ne soit lui aussi criminel. Parfois aussi inexplicable quâimplacable, quand la haine sâavance elle a Ă©tĂ© couvĂ©e Ă notre insu. Ă peine sait-on la reconnaĂźtre dans ses travestissements quand elle sâimmisce au quotidien. DĂ©passant celui qui lâexprime, dĂ©sarmant celui qui la subit, il faut du recul pour la reconnaĂźtre, quand elle nâa pas atteint un degrĂ© dâĂ©vidence pathologique telle celle qui nourrit les crimes. Ces sources vĂ©ritables sont Ă chercher dans lâhistoire. Lâhistoire dâune civilisation, lâhistoire dâun peuple, lâhistoire dâune peur, lâhistoire dâune lignĂ©e ou dâune famille. Lâhistoire intime, presque toujours, le non-dit, le non-rĂ©vĂ©lĂ©, lâindicible, lâimpensĂ©, lâimpensable. Un meurtre, un viol, un vol, une jalousie abusive, un crime dĂ©chirant enfoui au nom de lâamour ou de la bonne conscience, du devoir ou de la morale, de lâhumanitĂ©, de la loi, de la foi, de la religion ou des apparences⊠et la haine sâinstalle, brasier discret qui sâalimente aux faits divers, aux injustices, aux anecdotes de la vie quotidienne et au profit duquel on impose lâomerta, au lieu de dĂ©nouer les liens qui ont menĂ© Ă lâacte odieux. Lâinnommable. Le silence est un des foyers de la haine. Elle est lĂ qui sourd et sâactive quand on lâignore. DĂ©tournant en douce lâĂ©nergie crĂ©atrice, attendant le moment propice de se traduire. MĂ©prisant avec insolence ce qui la provoque dans le rĂ©el, elle se ressource dans lâenfoui, le refoulĂ©, lâinconscient, mais lorsquâelle agit, tout Ă©lĂ©ment de la vie ordinaire peut ĂȘtre interprĂ©tĂ© Ă son avantage. Attaquante mĂȘme sous des dehors langoureux, elle fait feu de tout bois. Et le haineux, lorsquâil est possĂ©dĂ© par sa passion reçoit toute tentative de rapprochement amical comme invitationâŠĂ la haine. Manipulation ou manĆuvre malintentionnĂ©e, il faut alimenter les griefs⊠Toxique la haine rend dĂ©pendant celui qui sâen repaĂźt. NĂ©gative, elle est le moteur de la division tandis que lâamour est celui de la rĂ©union. Mais elle permet aussi le dĂ©tachement tandis que lâamour autorise les attachements, jusquâau plus abusifs. Bien comprendre les mots que lâon emploie permet de nous distancier des Ă©motions qui nous agitent Ă contrecĆur; de les relativiser en leur attribuant une plus juste valeur dans notre Ă©conomie affective. DâĂ©viter de transformer un sentiment de rejet, et la douleur mortifĂšre quâil gĂ©nĂšre, en haine. En matiĂšre dâamour et de haine, la parole libĂšre mais les mots trop vite jetĂ©s sur un symptĂŽme, une apprĂ©hension, un geste maladroit, peuvent emprisonner. Outils prĂ©cieux pour communiquer entre semblables et diffĂ©rents, ils se figent parfois et perdent vie en neutralisant leur essence ; ou en dĂ©naturant ce Ă quoi ils font rĂ©fĂ©rence. La haine ne serait ni le revers ni lâenvers de lâamour. Souvent liĂ©es ces deux passions sont parfois comme des jumelles dont chacune aurait les moyens biologiques de son indĂ©pendance sans pouvoir en jouir tout Ă fait. La haine a sa propre dynamique on peut haĂŻr un temps des gens que lâon nâa jamais aimĂ©s. Tel cet intrus qui nous persĂ©cute sans que lâon sache pourquoi. Ou ce voisin qui empiĂšte avec arrogance sur notre terrain. La haine Ă lâĂ©tat pur peut tĂ©taniser celui qui en est lâobjet sans raison si ce nâest celle de se trouver dans le champ de mire dâun haineux. Puissance de destruction, elle serait soumise Ă la pulsion de mort, quand de son cĂŽtĂ© lâamour irait dans le sens de la vie, du don et non de la privation, du lien et non de la sĂ©paration, de lâunification et non de la division. Il ne sâagit pas de souhaiter se rapprocher de celui qui fait preuve dâhostilitĂ© Ă notre Ă©gard, mais de mieux entendre les raisons dâaimer que celles de haĂŻr et dâessayer de ne pas laisser dĂ©tourner son Ă©nergie de ce et ceux quâon aime au profit de ce et ceux qui nous dĂ©truisent. En gĂ©nĂ©ral, mĂȘme si nous avons couvĂ© de la haine Ă lâĂ©gard de pĂšre et mĂšre - se serait-ce que pour rĂ©aliser la sĂ©paration et parachever lâaccouchement » - tout se passe avec le temps comme si on avait besoin de les aimer plutĂŽt que de les haĂŻr, quelques furent leur mĂ©chancetĂ© et la gravitĂ© de leurs dĂ©faillances Ă notre endroit. Quand on a choisi de cultiver la vie. Quand on a eu la chance, le bonheur de pouvoir le faire aussi. Comme si haĂŻr ses parents sans partage revenait Ă se haĂŻr soi-mĂȘme. Rien ne nous oblige Ă tout accepter sans discernement, mais rien ne nous autorise Ă tout rejeter avec haine. Il ne sâagit pas de pardon. Mais de devenir soi-mĂȘme, par-delĂ les hostilitĂ©s, avec nos ombres et nos lumiĂšres, nos contradictions et nos complexitĂ©s. Apprendre Ă mieux se connaĂźtre, et par heureux contrecoup, mieux comprendre les autres. Câest le rĂŽle entre autres de la psychanalyse aujourdâhui qui nous permet de voir, ce que nous croyions ça-voir, que nous sommes ni tout Ă fait le mĂȘme ni tout Ă fait un autre ; et que la sĂ©paration est indispensable, mĂȘme si elle doit admettre de la haine. Câest Ă ce prix que dâheureux et Ă©pisodiques rapprochements, quelle quâen soit la forme, pourront se produire. La victoire de lâamour sur la haine et le dĂ©tournement de ses pulsions agressives vers des buts nobles » est la dĂ©marche de toute une vie. Quand on est entrĂ© dans la haine, portĂ© par un contrat familial, en sortir, apprendre Ă se soustraire Ă cette puissance qui nous affecte, Ă ne pas rester lâobjet dĂ©signĂ© dâun transfert appelle Ă la vigilance. Long apprentissage sâil en est un mais aussi ferment dâententes qui prĂ©fĂšrent les relations dâamitiĂ© Ă celle dâinimitiĂ©. La peur Confiance SuccĂšs Le doute Abandon et sentiment d'abandon Plaisir Bonheur Le travail SĂ©duction Petites et grandes dĂ©pendances Couper le cordon, introduction Comprendre l'anorexie Anorexie guĂ©rison
Lâamour est un concept que bien peu de gens, Ă ma connaissance, maĂźtrisent ou du moins en maĂźtrisent le sens et lâessence. Le plus simple, pour rĂ©aliser cette vĂ©ritĂ©, câest de lancer le sujet de lâamour en sociĂ©tĂ© » Ă lâoccasion dâun repas ou dâune rĂ©union, peu importe. Vous verrez que, dans plus de 90% des cas, quand vous lancez le sujet, les gens y rĂ©pondent par le cas particulier de la relation de les avoir Ă©coutĂ©s, il suffit de leur poser la question TrĂšs bien, vous venez de me parler du couple ; mais quâen est-il de la relation parent-enfant, ou encore de la relation amicale ? Nâest-ce pas de lâamour ? » Ce qui devrait dĂ©boussoler votre interlocuteur qui finira inĂ©luctablement par bredouiller que câest pas pareil, etc. pour ne pas perdre la face. Et pourtant, la relation parent-enfant est basĂ©e sur un amour inconditionnel. La vĂ©ritable relation amicale cette introduction courte mais essentielle, nous pouvons rĂ©aliser quâavant de parler dâamour, il convient de dĂ©finir le mot amour » ou aimer. Lâamour est universel » nous dit-on dans le sillage dâun JĂ©sus Christ. Dâaccord, mais cela ne dĂ©finit pas le mot en question. Finalement, je pense que la bonne question Ă se poser, câest Quel est le point commun entre le couple, lâamitiĂ© et la filiation ? ». En clair, câest en cherchant ce point commun que nous pourrons Ă©ventuellement approcher une dĂ©finition plus juste du verbe aimer qui sâapplique Ă ces trois relations. Car oui, il y a bel et bien un point commun Ă ces trois cas particuliers. LĂ©o TolstoĂŻ il y a plus dâun siĂšcle a Ă©crit Aimer, câest accepter lâautre tel quâil est ». VoilĂ le point commun. Et donc, jâai tendance Ă penser que cette citation de TolstoĂŻ est la meilleure dĂ©finition Ă ce jour du verbe aimer ».Evidemment, toujours dans lâoptique de ne pas perdre la face » jây reviendrai plus tard, un certain nombre dâindividus rejetteront cette dĂ©finition en sâembarquant dans des explications plus ou moins confuses, compliquĂ©es et superfĂ©tatoires. Puis ils dĂ©clareront que la discussion ne les intĂ©resse pas, tenant impĂ©rativement Ă clore le sujet - mais en ayant le dernier mot, ça va de soi. Heureusement, dâautres interlocuteurs se montreront moins obtus et nous pourrons pousser la discussion avec eux dans une ambiance cordiale et de bon dĂ©finition tolstoĂŻenne, appliquĂ©e au couple montre quâil convient ainsi de ne pas se mĂ©prendre sur les motivations des deux protagonistes et de ne pas mĂ©langer les choses. Car le couple, câest compliquĂ©. Trois notions sâentrechoquent dans cette relation particuliĂšre et chacune de ces trois notions est indĂ©pendante de lâautre Le dĂ©sir, qui est Ă la base de toute relation sexuelle et dont le but conscient ou pas est la vivre ensemble est encore autre chose et dĂ©passe le dĂ©sir dans la mesure oĂč le couple qui sâinstalle ne fait pas que tenter de se reproduire mais chacun des deux protagonistes apprend Ă vivre 24/7 avec lâautre, ses tics et ses manies, mais aussi ouvre des sujets de discussion avec lâ enfin, tel que dĂ©fini dans le paragraphe prĂ©cĂ©dent. Sans respect ou tolĂ©rance, il ne peut y avoir dâ autant le dĂ©sir Ă©volue avec le temps, autant le vivre ensemble peut devenir compliquĂ© voire difficile, autant lâamour, lui, nâest pas Ă gĂ©omĂ©trie variable et est le seul Ă©lĂ©ment constant de la relation, vĂ©ritable point dâancrage. Evidemment, le dĂ©sir rend aveugle, des deux cĂŽtĂ©s. Et quand il sâĂ©mousse, beaucoup de couples rĂ©alisent que, dans les faits, ils ne sâaiment plus, certaines personnes, faisant lâamalgame entre amour et couple dâune part, entre amour, vivre ensemble et dĂ©sir dâautre part, ont bien du mal Ă comprendre ce qui a bien pu se passer pour en arriver au divorce ou Ă la la mĂ©connaissance de lâamour qui en est le principal responsable. Avoir peur de perdre la face » dans cette situation est un terrible aveu de faiblesse, une sorte dâarmure de protection dans le but de se protĂ©ger et de se prĂ©server suite Ă cet pour ce premier chapitre, jâespĂšre quâil vous aura plu et Ă bientĂŽt pour la suite dans le chapitre Psychanalyse ».Alain CrĂ©mades
c est quoi l amour en psychanalyse